
Sièges
Les sièges et le sculpteur…
Créer un siège est une aventure que je n’avais jamais imaginé entreprendre. Tout a commencé à Pau, lors de l’aménagement de la chapelle Sainte-Bernadette, le maître d’ouvrage m’ayant demandé avec insistance de concevoir les sièges destinés à la célébration : un siège de présidence, deux sièges de concélébrants et deux tabourets d’acolytes.
J’étais réticent. Le siège appartient au monde de l’usage, du corps, du quotidien. La sculpture, elle, entretient avec la fonction une relation beaucoup plus libre. Pourtant, cette demande m’a conduit à chercher comment ces deux univers pouvaient se rencontrer.
J’ai choisi de travailler à partir de feuilles de laiton que je pliais et roulais pour leur donner forme. Chaque feuille venait renforcer la précédente, jusqu’à constituer une structure à la fois légère visuellement et stable : le geste de construction devenait un geste de sculpture.
Cette première expérience a ouvert une voie que j’ai ensuite poursuivie pour la basilique médiévale Saint-Barthélemy de Liège, en Belgique, puis dans d’autres lieux.
Quelques années plus tard, lorsque Monseigneur l’évêque de Tivoli m’a demandé de concevoir l’ensemble du mobilier liturgique de sa cathédrale, la question des sièges s’est à nouveau posée. J’ai alors poursuivi cette recherche avec un grand intérêt !
Pour la cathèdre de Tivoli — le siège de l’évêque qui a donné son nom à la cathédrale —, je me suis particulièrement attaché à la relation entre le corps et la forme. Je voulais concevoir un siège adapté à la morphologie de celui qui l’occupe, tout en lui conservant une présence forte, sobre et élégante.
Ainsi, d’une commande à l’autre, le siège s’est progressivement imposé à moi comme un véritable sujet de sculpture. Aujourd’hui, il m’intéresse précisément pour cette tension entre la forme et la fonction, entre le corps et la matière.
Un siège n’est pas seulement une sculpture que l’on regarde : c’est une sculpture que l’on habite, une sculpture qui s’inscrit dans un usage, ici une fonction liturgique.
C’est peut-être cela qui m’a finalement converti…




