
Sculptures
Depuis plus de cinquante ans, mon travail explore les relations entre la forme, la lumière et l'espace.
Qu'elles soient destinées à un lieu public, à une architecture, à un espace «sacré» ou à une collection privée, mes sculptures naissent d'une même recherche : révéler une présence qui dépasse la simple représentation.Le bronze, le laiton, la terre ou le cuivre ne sont pas seulementdes matériaux ; ils deviennent les partenaires d'un dialogue où la matière se transforme pour exprimer l'élan intérieur, lemouvement et le silence.
Les sculptures réunies ici jalonnent plusieurs décennies decréation.
Au fil du temps, les techniques, les dimensions et lescontextes de réalisation ont évolué, mais la même questiondemeure : comment une forme peut-elle prendre vie dansl'espace ?

De 1972 à 1982
La naissance d’une démarche sculpturale
Les années 1972 à 1982 correspondent à la naissance et à l’affirmation de mon langage de sculpteur. Formé d’abord au travail de l’orfèvrerie en Belgique, puis aux Arts Décoratifs de Strasbourg, j’ai acquis une relation profonde avec la matière, le geste et la construction des formes. Cette connaissance des techniques sera le socle de ma recherche future.
C’est par le bijou que j’entre dans la sculpture. En travaillant à une échelle proche du corps et de la main, je découvre progressivement le plaisir de donner vie au volume. La forme cherche alors à s’affranchir de son rôle d’objet pour devenir une présence. Vous trouverez cette démarche dans la section « bijoux ».
À mon arrivée au Québec, en 1974, venant de France avec une solide formation acquise aux Arts Décoratifs de Strasbourg, une maîtrise des techniques de sculpture et de bijouterie, ainsi qu’une culture des métiers d’art héritée de la tradition européenne, je découvre un univers très différent. Les créateurs que je rencontre, souvent autodidactes ou issus de parcours atypiques, développent leur travail avec une remarquable liberté. Ils inventent leurs propres méthodes, s’adaptent aux matériaux disponibles et entretiennent un rapport direct avec la nature et leur environnement.
Cette spontanéité, cette capacité à créer sans se laisser enfermer dans les règles établies, m’impressionnent profondément. La rencontre de ces deux cultures devient une véritable richesse. Ma formation me donne des outils techniques exigeants ; le Québec m’apprend la liberté, l’audace et la confiance dans l’intuition. C’est de ce dialogue entre rigueur et spontanéité que naît progressivement mon propre langage de sculpteur.
Une approche technique au service de la forme
Durant cette première période, mon travail s’appuie sur une recherche où la technique n’est jamais une fin en soi, mais un moyen de donner vie à la forme. Le modelage me permet d’explorer directement le volume, par un dialogue constant entre la main et la matière. À partir de la terre, je cherche l’équilibre des masses, la tension des surfaces et la naissance d’une forme qui semble se développer de l’intérieur.
Le passage par le moulage et la fonte du bronze ouvre ensuite une nouvelle dimension. La matière change d’état, mais conserve l’empreinte du geste initial. Le bronze devient le prolongement du travail de la main : il fixe dans le temps une forme née d’une recherche intuitive et sensible.
Les sculptures de cette période sont souvent de petite dimension. Leur échelle correspond à cette relation intime avec la matière, proche du geste de l’orfèvre. Elles sont le lieu d’expérimentations sur les textures, les volumes et les forces qui animent la forme, annonçant les développements futurs de mon travail.
L’application des techniques d’orfèvrerie et de dinanderie à la sculpture va m’ouvrir de nouveaux horizons. Le travail direct sur la feuille de métal au marteau, la mise en tension de la matière et la ciselure deviennent ainsi les moyens d’une sculpture plus développée, où la matière n’est plus seulement modelée, mais véritablement construite et déployée.

De 1982 à 1992
1983 restera pour moi une année particulière, une année où beaucoup de choses changent à la fois dans ma vie et dans mon travail.
En décembre 1982, j’expose à la Aaron Faber Gallery de New York. Au même moment, la vie familiale nous conduit à faire un choix important : mon épouse, violoniste, vient d’être engagée dans un orchestre et nous prenons la décision d’une nouvelle immigration, cette fois vers la France, emportant avec nous notre famille, mes outils et mon atelier.
Nous nous installons d’abord à Montpellier en 1983, puis, en 1985, dans une vieille ferme à Puylaurens, dans le Tarn.
J’y retrouve le plaisir d’un atelier entouré de nature. C’est là que mon regard va peu à peu s’imprégner de nouvelles formes. La nature entre dans l’atelier presque sans que je m’en aperçoive. Un os trouvé sur un chemin, la silhouette d’un grand héron prenant son envol des eaux de la gravière voisine, la courbe d’un arum dans le jardin deviennent autant de présences qui nourrissent mon imaginaire.
Dans la maison, l’une de mes filles travaille le violoncelle. À force de le voir et de l’entendre, j’en connais peu à peu la forme presque par cœur : ses courbes, son ampleur, sa taille, sa tension. Cette présence familière nourrit mon regard. La synthèse du violoncelle et du héron prenant son envol donnera une série de trois sculptures abstraites.
C’est ainsi que je travaille : les choses que je vois et celles que je vis finissent par se rejoindre dans l’atelier. Je pars d’une forme connue, mais je cherche rapidement à m’en éloigner. Je simplifie, je déforme, j’étire, pour n’en conserver qu’une ligne, un mouvement, une tension. La forme initiale disparaît peu à peu pour laisser place à une autre réalité, plus intérieure.
À cette époque, mes sculptures prennent de l’ampleur. Avec le modelage de la terre, j’aborde de nouvelles dimensions. Certaines œuvres de petit format sont coulées en bronze à la cire perdue ; pour les plus grandes, je travaille la résine polyester armée de fibres de verre.
Puis vient le désir de retrouver le métal.
Lorsque je m’installe à Saint-Affrique-les-Montagnes, au pied de la Montagne Noire, un nouveau paysage entre dans mon travail. Les roches fissurées, les fractures, les tensions de la pierre me parlent à leur tour. La montagne devient une autre manière de regarder la forme. Le cuivre et le laiton en feuilles vont alors ouvrir une nouvelle voie dans mon travail.
Je retrouve les gestes et les intuitions qui avaient accompagné mes premières recherches sur le métal dans mon atelier de Val-David, au Québec. Cette matière souple et lumineuse me permet de construire autrement : plier, tendre, découper, assembler, laisser entrer le vide…
La forme ne se construit plus seulement par la matière, mais aussi par l’espace qui l’entoure et par la lumière qui la traverse.
Le métal devient presque vivant. Il peut être léger ou massif, fragile ou tendu, fermé ou ouvert. Il se transforme avec la lumière et avec le déplacement de celui qui le regarde.
Dans cette liberté nouvelle, mon travail va véritablement s’épanouir.
Nature, corps, violoncelle, animal, végétal, montagne et métal ne sont pas des thèmes différents, mais les différentes facettes d’une même recherche.
Je cherche une forme qui ne soit plus l’image de quelque chose, mais qui en conserve la présence. Une présence intérieure, une forme qui suggère plutôt qu’elle ne montre. Une forme qui laisse au regardeur la liberté de voir ce qu’il y trouvera.
Les sculptures présentées dans cette période témoignent de ce cheminement. Je vous invite à leur découverte.

De 1992 à Aujourd'hui
Nous voici devant de nouveaux horizons ! Le laiton devient le matériau principal de mon travail. Sa luminosité, sa résistance et sa présence me permettent d’explorer de nouveaux volumes. Peu à peu, les fissures deviennent un élément essentiel de mon langage : travaillées dans la matière, elles ne sont plus seulement des ruptures, mais deviennent des lignes de force qui structurent et donnent vie à mes sculptures.
Cette période marque également un tournant dans ma démarche artistique. Je m’interroge sur le sens de mon travail de sculpteur : quelle cohérence entre ma quête spirituelle et mon art ? Les générations qui nous ont précédés ont su, chacune à leur époque, faire naître un art « sacré » en accord avec leur temps. À la charnière entre le XXe et le XXIe siècle, cela devrait aussi être possible : traduire une expression artistique porteuse de notre sensibilité.
La formation que j’ai reçue dans les milieux monastiques m’a appris à chercher au-delà des apparences, loin d’une spiritualité simplement sentimentale à laquelle je me refusais. Que faire ? Se mettre à l’ouvrage, partir vers l’inconnu, et ouvrir mon art à une autre profondeur.
Les sculptures présentées ici sont issues de l’évolution récente de mes recherches directement influencées par cette période, que vous pourrez découvrir dans l’espace de mon site consacré à cette démarche : « Qu’est-ce qui peut bien motiver un artiste à s’orienter vers l’art sacré ? »